Parfaite (ou presque) (ou pas)

Je ne sais pas vous mais moi j’ai toujours bavé devant les parfaites. Ou en tous cas celles qui me semblaient l’être.

Etudiante, j’aurais vendu mon âme au diable pour être celle que je n’étais pas (Surprise hein ? !). Celle qui venait à chaque cours en amphi, préparait ses TD une semaine en avance en lisant toutes les décisions en bas de page, toujours impeccable, mince, les cheveux lisses et bien tires en queue de cheval, le Cimarron moulant comme il fallait mais pas trop, le bon sac Chapelier (souvenirs, souvenirs), le studio rangé, propre et lumineux et jamais a découvert.

Je le suis devenue, presque et sous la contrainte (« tu te plantes encore une fois et je te coupe les vivres») lorsque j’ai redoublé ma deuxième année de DEUG – pour la petite histoire, je m’étais aussi déjà vautrée lors de la première. Bref. Là j’ai commencé à me lever super tôt et me coucher tout aussi tard mais pas pour sortir ou regarder XFiles mais pour bosser. J’ai arrêté de regarder les Feux de l’Amour et Dallas en rediffusion -oh ça va hein ! je regardais aussi Télématin au réveil voire même Chasse et Pêche quand il était vraiment très tôt. J’allais à la fac même les jours de grèves (il y en a eu quelque uns en 1995 et je n’habitais pas la porte à côté). Quant au reste, disons que je n’avais pas les cheveux souplement lisses et que soit j’étais ou trop mince ou trop ronde. Mais bon ça allait à peu prés.

Trois boulots, plusieurs déménagements, un mari, deux enfants et deux ans quelques années plus tard, c’est toujours la même chose. A un autre niveau. J’ai compris que je n’aurais jamais les cheveux de Melissa Theuriaux – même avec le lissage japonais ca repousse, et en frisé. Que je ne serais aussi probablement jamais mince et/ou sportive. En revanche, je suis à fonds sur l’idée d’essayer d’être au top sur le reste. Donc de manière récurrente, je me concentre sur mes thèmes de prédilection et mes fantasmes life style. Ma carrière d’abord. Le look ne compte pas car c’est un sujet en perfectionnement permanent. Le Sport ensuite, oui a fonds deux ou trois jours par semaine, mois trimestre. L’administratif pareil – moins 2 jours. La maternitude interieuritude, j’essaye – argghhh grand sujet s’il en est…La maternitude interieuritude (MI) donc…

« Quoi est-ce?? » me demandez-vous fébriles a l’idée d’avoir raté un truc ! En fait, rien de neuf pour toute mère et/ou compagne qui se respecte et qu’elles que soient ses activités journalières. Il s’agit de ce fantasme de la nana parfaite. Celle qui a une maison au cordeau qui sent bon la bougie Dyptique et dont la cuisine donnant sur un jardin plein de roses mais sans guêpe. Perso j’habite dans un appart car sans voisin au-dessus/en dessous/sur les côtés j’aurais trop peur mais bon la maison/jardin c’est mon truc en ce moment. Celle qui a des enfants bien peignés qui ne font jamais de gaffe genre « ah t’as vu la dame pourquoi son ventre marche devant elle ? » devant la dame en question et qui n’est pas enceinte, qui mange du quinoa tous les jours et qui a un mari qui ne proute pas. Celle qui est toujours de bonne humeur et partante pour aller au marché bio – car il faut du bio pour la cuisine saine et gouteuse qu’elle prépare tous les jours (haro sur le surgelé, de toutes façons en Suisse, il y a pas de Picard) pour sa petite famille. Famille à laquelle elle parle d’ailleurs toujours d’une voix souriante et égale.

Donc en ce moment et comme ma carrière a décidé de ne pas mettre toutes les chances de son côté, je me concentre sur ma MI. Enfin j’essaye. Et là aussi j’ai des thèmes qui s’en vont et qui reviennent comme dirait l’autre mais qui subsistent toujours quelque part in the Cloud. Je risquerais le burn-out a tout faire en même temps. Donc j’ai eu ma phase cuisine (végétarien, macrobiotique, le meilleur pâtissier, cru, jus détox, japonais, granola fait maison entre autres). Ma phase (rare faut bien le dire) tri et « C Déco », patchwork (mais sans machine à coudre et sans savoir coudre ce n’est pas évident), tricot avec lequel j’ai un peu de mal je progresse. En autres j’ai dit ! Bon, la, re-suis sur la couture.

L’avantage c’est qu’à chaque nouvelle « phase », et non lubie comme certaines personnes très très méchantes et/ou ignorantes de la pression que la MI peut susciter pourraient penser, je relance l’économie du pays dans lequel je me trouve. Qu’il s’agisse de l’industrie de l’édition – j’ai tout Gwyneth Paltrow dans le texte, des machines en tout genre (à faire le pain, à faire des jus BIO, à mixer, à faire des compotes, à cuire à la vapeur) et autres ustensiles/outils cruciaux types plusieurs paires d’aiguilles à tricoter, a crocheter, pelotes de laine, de coton, boîtes pour conserver des biscuits, bocaux en verre pour quand je ferais des confitures. Entre autres donc.

Le deuxième avantage de ma MI c’est que j’apprends des tonnes de trucs – qui ne me serviront probablement pas certes mais là n’est pas la question – et ma famille aussi. Tout le monde ne sait pas quel goût a un gâteau au chocolat entièrement cru. Mes enfants oui. Ils n’aiment pas mais ils ont goûté (avant de recracher sur le sol de la cuisine lavé au savon noir). Ce qui compte c’est d’être curieuse. Là je maitrise je dois dire. Je peux par exemple vous expliquer comment vendre ses créations de femme parfaite en ligne.

Voilà. Je sais que « La femme parfaite est une connasse » (ouf en même temps alors de ne pas l’être). Je sais que la nana de fac que j’admirais tant était anorexique et que son mec l’a trompait. Je sais aussi que ma copine parfaite de maintenant s’énerve parfois avec ses enfants, leur fait aussi des coquillettes au Ketchup (OK, quand elle a la grippe..), qu’elle rate parfois sa séance de pilates et qu’elle ne se lave pas les dents avant de se coucher quand son mari est absent. Et que ma collègue parfaite se réveille la nuit pour noter ses idées tellement elle est stressée à l’idée de ne pas être la meilleure.

Mais bon, j’aimerais bien de temps en temps être une connasse aussi et de rencontrer le diable rien que pour ça – façon de parler évidemment vu que j’ai peur de tout.

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